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30 ans de décroissanceL'humanité consomme de plus en plus de ressources fossiles. La consommation dépasse la découverte de nouveaux stocks potentiels. Et le stock total est limité (à la durée d'une deux ou trois générations). Or, contrairement à toute saine pratique comptable, nous comptabilisons l'usage de ces ressources à leur coût de préparation (raffinage, transport) et non à leur coût de remplacement, càd au coût de maintenir le stock au niveau de départ. Pour remplacer les ressources fossiles, on peut espérer utiliser des ressources renouvelables, mais.... Le coût de remplacement des ressources fossiles est le coût des ressources non-fossiles, "renouvelables" (à peine naissantes et de nature relativement peu productives), produites, utilisées, traitées, distribuées dans un monde qui fonctionne sans ressources fossiles, càd un monde 10 à 100 fois moins productif que nos années folles, et donc beaucoup plus cher. Car aujourd'hui, les esprits simples et poétiques prennent leur 4x4 coréen pour aller couper 14 bûches le dimanche pour faire un joli feu de bois. Demain, sans pétrole, il faudra aller au bois dans un véhicule construit sans pétrole, livré dans votre région sans pétrole, roulant sans pétrole, payé avec un salaire gagné sans pétrole, et faudra aller couper le bois (que tout le monde voudra) sans tronçonneuse à pétrole, et le ramener dans sa maison construite avec des matériaux sans pétrole, et acheminés chez vous sans pétrole. Ce coût réel, parfaitement comptable, des ressources fossiles, les économistes le négligent depuis des lustres, en faisant croire au progrès infini, à la science qui trouve des solutions à tout, et à des lendemains qui chantent. C'est aussi absurde que de croire que le Père Noël descend dans toutes les cheminées avec son traineau et ses rennes pour vous apporter des cadeaux. En tenant compte du coût réel, à l'échelle de temps de nos enfants, nous sommes donc en décroissance forte, depuis plus de 30 ans, et le changement découlant des coûts réels devra être affronté avec les caisses vides, donc avec beaucoup moins de choix que si nous gérons prospectivement. Chaque année passée dans cette économie falsifiée creuse le déficit global et la capacité à refonder une économie sur des plus-values réelles, càd globales et durables. Il ne s'agit pas de "sauver la planète": elle a vu bien pire et s'en sortira sans nous, mais de définir un futur tangible pour l'espèce humaine. Sauvons la planète..Quand j'entends "sauver la planète", je tente d'expliquer que sa perennité n'est pas en risque, qu'elle a déjà subi bien pire que le pire que nous puissions lui faire, et que son histoire passée inclut de nombreux changements du type de ceux que nous pressentons ou provoquons. Le consensus courant est que le taux de CO2 croît "dangereusement".. Ah ? Que veut donc dire "dangereusement" ? Le problème n'est pas la que la planète puisse être victime de l' "Homme", mais simplement que l'espèce humaine soit victime de ses propres excès. C'est l'occasion d'expliquer que nous sommes une espèce parmi quelques millions d'espèces, avec une histoire, un début, des mutations, probablement une extinction. C'est l'occasion d'augmenter notre conscience qu'il n'y a pas de destinée humaine dictée par des "idées supérieures", mais bien une liberté sociale et individuelle de faire un projet de société humaine.
Par contre, se mobiliser pour "sauver la planète" qui ne risque que de changer comme elle l'a toujours fait, alors que, pire que Chronos, nous dévorons nos enfants, c'est provoquer la tendance humaine à l'arrogance, et à mesurer son pouvoir par la valeur ou la grandeur de ce qu'il peut détruire (ou par le nombre de ceux qu'on entraine dans sa "mort pharaonique"). Prétendre sauver la planète fait partie du problème, pas de la solution. Fantasmer que l'humanité puisse détruire la planète, c'est soutenir et exciter la mégalomanie, l'ego, les états d'âme personnels. C'est soutenir la dépendance aux sentiments, au détriment de l'indépendance que permet la raison. C'est soutenir les systèmes bâtis sur le pouvoir, la dominance, la propagande et les religions organisées, les promesses de lendemains qui chantent, la fraude du progrès infini et autres embrigadeurs de chair à usines et à canon. Je passe l'aspect moralisateur, culpabilisateur de s'accuser de "'détruire la planète": essayons simplement de gérer notre projet, notre futur, et survivre, en tant qu'espèce, voire de civilisation, plus qu'un dix-millionième de l'histoire de la planète ! |
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